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À Nanterre, un restaurant gastronomique au coeur de la cité Pablo Picasso

Samedi soir, le local de l’association Authenti’cité s’est transformé en restaurant éphémère gastronomique, un projet porté par des jeunes de la cité Pablo Picasso. Le dîner s’est tenu avec un objectif : financer un repas solidaire pour les mamans du quartier.

Des tables dressées avec soin, une lumière tamisée et au loin, la mélodie d’un piano. Le temps d’une soirée, le local de l’association Authenti’cité a pris des airs de grand restaurant. Dans la cité Pablo Picasso à Nanterre, ce lieu s’est métamorphosé.

Un lieu hors du temps qui ne renie pas son ancrage dans le quartier. L’espace d’un instant, le béton s’efface. Il reste une table commune, des visages familiers et surtout une ambition : montrer que la gastronomie à sa place au cœur du quartier.

Créer un univers, une expérience immersive

« Je voulais raconter une histoire. Avec de la poésie, du théâtre, un pianiste… Chaque détail devait transporter les gens », précise Yassine. Le jeune homme 25 ans, originaire de la cité Pablo Picasso, est à l’initiative de ce projet. Après une scolarité cabossée, Yassine a trouvé sa voie et même plus, sa passion.

Yassine a d’abord exercé à Antibes, puis en Suisse, avant de revenir à Nanterre pour monter un projet collectif avec ses amis d’enfance. Adam, Okenadray, Oussama et Rayane l’accompagnent en cuisine. Salim est au décor, quand Loubna et Aziza, les dirigeantes de l’association, se sont chargées de l’organisation.

« On voulait que, pendant deux heures, les gens oublient où ils sont. Qu’ils vivent une expérience », décrit Yassine. Et le nom de ce restaurant éphémère témoigne de cette ambiance : Rue du Goût Perdu. « C’est un clin d’œil à Marcel Proust, mais aussi à notre réalité. On a parfois été un peu perdus. À travers la cuisine, on essaie de se retrouver. »

Maïs, café et souvenirs d’enfance

Au menu, des produits simples et de saison, travaillés avec finesse : fusion maïs-café, tataki de banane plantain, betterave déclinée sous plusieurs textures.

Adam, le chef, raconte la manière dont il a donné vie à ces plats. « Le velouté de maïs, c’est venu d’un hasard. Je faisais un plat pendant que je buvais un café, je ne bois jamais de café ! Le mélange m’a plu, j’ai tenté une mousse par-dessus. C’est devenu notre plat signature. »

Et la mémoire n’est jamais loin. « La sauce mafé, c’est toute ma vie. On l’a revisitée version tataki. C’est un plat entre l’Afrique et l’Asie, entre nos racines et ce qu’on apprend ailleurs », s’enthousiasme Okenadray.

« La cuisine m’a calmé »

À côté de lui, Okenadray, le sous-chef, parle sans détour. « On a tous grandi ici, on a tous fait nos erreurs. Moi, la cuisine, ça m’a calmé. Ça m’a aidé à rentrer dans la vie active. Aujourd’hui, je suis fier de montrer qu’on peut transformer un parcours un peu bancal en quelque chose de beau. »

Le projet a soudé le groupe. « On n’était pas forcément proches au départ, mais chacun a pris ses responsabilités. On a bossé jour et nuit. Personne n’a lâché », explique Adam avec fierté.

« On les a vus grandir »

Dans la salle, des habitants, des amis, des figures locales sont au rendez-vous, comme le rappeur Ven1, le comédien Jammeh Diangana ou le boxeur Bilel Jkitou. Et le sportif est dithyrambique. « Ce que Yassine et son équipe prouvent, c’est qu’on peut être cuisinier, pâtissier, décorateur… et réussir, même en venant d’ici », salue Bilel Jkitou.

Une fierté partagée. Nicolas Sene, cinéaste et coordinateur jeunesse à Pablo Picasso, les connaît depuis longtemps. «  J’ai grandi dans une famille où on cuisinait beaucoup, donc j’ai cette sensibilité-là. Mais là, c’était plus qu’un repas : on voyageait, pas seulement dans la bouche, mais aussi dans les émotions. »

Une cité qui rêve en grand

Le pianiste joue ses dernières notes et tout le monde sait qu’il vient de se passer quelque chose de rare : une démonstration de talent, mais surtout de confiance collective.

« On voulait montrer qu’on peut faire du haut niveau ici, avec nos moyens, notre énergie, notre cœur », conclut Yassine. « Et que la gastronomie, c’est aussi une manière de se rassembler, de se reconnaître. »

Le dîner s’achève, mais l’histoire continue. Le lendemain, un repas solidaire sera servi aux mamans du quartier, celui pour qui tout cela a été imaginé. Parce que Rue du Goût Perdu n’est pas qu’un nom : c’est la promesse que le goût, le talent et la générosité ne se perdent jamais.

Nawel Belouizdad

Photos Thidiane Louisfert

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