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Stream For Humanity II : les steamers mobilisent une nouvelle génération de donateurs

Pour sa deuxième édition, le Stream For Humanity II, organisé par AmineMaTue, réunit sur Twitch et au Stade Jean Bouin (Paris), des dizaines de créateurs afin de soutenir les populations victimes de crises à l’international et pour la lutte contre la précarité alimentaire en France. Cet événement confirme le rôle croissant du numérique comme levier d’engagement citoyen et solidaire.

Se divertir tout en contribuant à changer les choses : c’est le pari réussi du Stream For Humanity, événement caritatif imaginé par le créateur et streamer Mohamed Amine Mahmoud, plus connu sous le pseudo AmineMaTue. Le streaming français prouve à nouveau que la culture numérique est un puissant vecteur de solidarité.

En seulement deux éditions, le streamer, dont le pseudonyme AmineMaTue en disait déjà long sur sa volonté de teinter son  contenu d’engagement, a réussi à fédérer différentes communautés pour lever des millions d’euros afin de soutenir des populations vulnérables.

L’engagement en ligne : une sociologie du don réinventée

Stream For Humanity s’inscrit dans la continuité du streaming caritatif français, déjà illustré avec le Zevent ou les Speedrunners. Cette année, l’événement réunit une trentaine de streameuses et streamers qui vivent et retransmettent en direct leurs défis et leurs interactions pendant près de 48 heures.

Le succès de l’événement s’explique par des mécanismes adaptés à la culture et à la psychologie des nouvelles générations. GoFundMe observe qu’un membre de la Gen Z sur quatre a déjà soutenu une association sur conseil d’un influenceur.

Noémie, spectatrice de l’événement, confirme. « Le fait que Stream  for Humanity soit porté par des créateurs que j’apprécie et que je suis déjà au quotidien rend l’événement plus proche et accessible. Ce n’était pas quelque chose d’imposé, mais un moment de solidarité », témoigne la jeune femme.

Lors de cet événement, les créateurs sont ensemble, en présentiel, et enchaînent des activités ludiques dans une atmosphère de « colonie de vacances ». Un élément crucial car ce format d’union démultiplie l’audience et la ferveur.

L’interactivité est au cœur de ce modèle. « Ce qui pousse à faire des dons, c’est l’envie d’aider les pays en crise et secondairement, de voir les streamers remplir leur cagnotte et effectuer des « donation goals » », détaille Robin, un fidèle abonné d’AmineMaTue. Le don est rendu ludique grâce aux « donation goals » : des défis lancés aux streamers à l’atteinte de chaque seuil de cagnotte transforment l’aide en un jeu participatif.

C’est rare en France d’avoir un mouvement collectif aussi positif, ça donne de la fierté 

C’est cette gamification qui change l’acte de donner. Margot, membre de la communauté ajoute : « Le rire, l’humour ou le fun attirent les gens, et derrière il y a une vraie cause et de vrais résultats ».

Ce mouvement renforce le sentiment d’appartenance à une « communauté internet française qui sait se montrer présente si besoin » d’après Robin. « Voir des centaines de milliers de personnes se mobiliser ensemble c’est assez magique. C’est rare en France d’avoir un mouvement collectif aussi positif, ça donne de la fierté », abonde Noémie. 

Il y a encore quelques années, le streaming était perçu comme du divertissement pur, réservé à « ceux qui jouent dans leur chambre ». Aujourd’hui, cette même chambre est devenue un espace où l’on donne, où l’on s’informe et où l’on s’engage.

Au-delà du don : vers une solidarité éclairée et durable

L’action humanitaire immédiate suscite un large élan d’admiration, et certains rappellent que la solidarité durable passe aussi par la compréhension des causes profondes des crises.

Broke, créateur de contenu engagé, voit dans ces événements une formidable opportunité de conjuguer émotion et compréhension. « Les gens se sentent proches des streamers, car ils font partie de leur quotidien. Cette proximité crée un lien de confiance. Il serait donc intéressant de profiter de cette dynamique pour expliquer ce qui se passe réellement dans ces pays et en comprendre les causes. C’est comme ça qu’on pourra avoir un impact durable », suggère-t-il.

Stream for Humanity m’a permis de toucher un public que je n’atteins pas habituellement 

À long terme, l’impact réel repose aussi sur la capacité à informer, à sensibiliser et à donner du sens à la solidarité. Des créateurs ont justement profité de l’effervescence de l’événement comme une opportunité pour enrichir le message collectif. « Je me suis servi de Stream for Humanity comme point d’appui pour parler de solidarité et de justice. Cela m’a permis de toucher un public que je n’atteins pas habituellement et je compte poursuivre dans ce sens » confie Broke.

Les ONG s’adaptent à ces nouveaux modes

Forts du succès de la première édition, les organisateurs de Stream For Humanity ont choisi de renouveler leur confiance à Médecins Sans Frontières. Les streamers, Amine et Billy, avaient pu constater le sérieux de l’ONG et de son impact sur le terrain lors de la visite d’un hôpital Médecins Sans Frontières en Cisjordanie, où sont soignées des personnes originaires de pays bénéficiaires de la première levée de fonds. Après concertation avec l’ONG, plusieurs zones d’intervention prioritaires ont été définies pour la seconde édition : le Congo, le Soudan, le Nigeria et la Palestine.

Mais Amine exprimait également le souhait d’agir en France. MSF ne travaillant pas sur la précarité alimentaire sur le territoire national, l’évènement s’est alors également associé au Secours populaire français.

La transparence sur l’utilisation de l’argent est un pilier essentiel

Aurélie Dumont, directrice de la collecte de fonds chez Médecins Sans Frontières, précise que « la transparence sur l’utilisation de l’argent est un pilier essentiel ». Les donateurs reçoivent d’ailleurs des informations régulières par e-mail, illustrant concrètement l’impact de leur participation.

« Les dons ayant été attribués à des causes clairement identifiées, il est aisé de rendre compte aux contributeurs de l’avancement des projets qu’ils ont directement financés », ajoute-t-elle. Le Secours populaire rappelle que chaque somme est affectée à des actions précises, sous le contrôle de commissaires aux comptes et du label Don en confiance.

Lors de la première édition, 3,5 millions d’euros avaient été récoltés et intégralement fléchés vers quatre zones d’urgence : le Nigeria, le Soudan, la RDC et la Palestine.

Sensibiliser une nouvelle génération de donateurs

Pour Médecins Sans Frontières comme pour le Secours populaire, cette collaboration dépasse le cadre d’un simple événement caritatif : elle constitue un laboratoire d’un nouvel engagement citoyen.

« Ces streamers ont des communautés larges et généreuses, souvent éloignées de nos canaux traditionnels de communication. Ces événements permettent d’initier, dès le plus jeune âge, une habitude de générosité qui, à terme, peut se traduire par un engagement durable », observe Aurélie Dumont.

Cet événement a fait découvrir l’impact d’un public que nous ne touchons pas habituellement

Au Secours populaire, le constat est similaire. Olivier Grinon, responsable des fédérations d’Île-de-France, l’explique. « Cet événement a fait découvrir l’impact d’un public que nous ne touchons pas habituellement par nos canaux de sollicitation traditionnels. »

Ce n’est d’ailleurs pas la première incursion des deux associations dans le streaming caritatif. Le Secours populaire a multiplié les initiatives, comme l’émission HopPopPop, récompensée de plusieurs distinctions, dont un coup de cœur de France Générosités. De son côté, Médecins Sans Frontières a organisé Race For Gaza et participe aussi à des événements proposés par des créateurs de contenu, qui font ensuite de l’ONG leur bénéficiaire.

Ce modèle d’engagement confère à la jeunesse une capacité d’action immédiate et transparente sur des causes globales. Face à cet engouement, les ONG traditionnelles se conforment également  aux codes du streaming pour moderniser leurs stratégies d’engagement.

Le numérique n’est plus une simple tendance. Il est le nouveau terrain de jeu de la citoyenneté active, et le moteur d’un modèle de solidarité.

Linda Azaiez

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